Actualité d'Amora-Maille depuis l'annonce du 20 novembre 2008.
Les élus se mobilisent aussi pour obteni un PSE et des mesures de reclassement plus avantageuses. À Dijon, par exemple, la moutarde est montée au nez des habitants depuis l’annonce par Unilever de fermer le site historique d’Amora et celui d’Appoigny, rayant du bassin 296 emplois. Depuis, le sénateur-maire François Rebsamen se démène pour « donner de la force aux salariés dans les négociations qui s’ouvrent ». Il a manifesté aux côtés des salariés, a organisé une exposition de soutien sur la moutarde, la mairie a envoyé ses vœux belliqueux à l’effigie d’Amora, souhaitant « une année 2009 forte en mobilisation pour la défense de notre patrimoine ». « Aujourd’hui, je ne connais pas la stratégie financière d’Unilever, regrette-t-il. Pour l’instant, je préfère faire pression sur le plan social, je ne veux pas aborder maintenant les projets de reprise. J’ai également prévenu Unilever qu’il ne ferait aucune opération immobilière avec le site historique, quitte à user du droit de préemption. » Mais, là encore, ce proche de Ségolène Royal n’avait pas cru bon de faire monter la mayonnaise lorsque le Pdg d’Amora-Maille avait évoqué, dès octobre 2007, une restructuration des sites.
Les « Motorola » ont fait parler d’eux en chantant. Leur centre de recherche à Rennes condamné à fermeture, des salariés ont lancé des vidéos désopilantes sur Internet. Sur l’une d’entre elles, un yéyé à l’allure seventies, perruque blonde et costume rose pailleté, pastiche Claude François : « Le téléphone pleure, good bye Motorola, la RD bretonne ferme ses portes, il faut un repreneur. » Ce drôle de buzz, relayé par les médias, a attiré l’attention de Laurent Wauquiez, qui a reçu une délégation à Bercy, début février. Le secrétaire d’État à l’emploi a juré « d’exploiter la plus infime chance de reprise et de veiller en dernier ressort à ce que Motorola adopte un PSE exemplaire ». Peine perdue : le 5 février dernier, l’envoi à la casse des 138 emplois était confirmé lors de l’ultime réunion du CE. Depuis, les élus de salariés continuent seuls le combat. Dans la région, il faut dire que PSA, qui a annoncé 1 750 départs volontaires, mobilise davantage les efforts des politiciens locaux.
Tout en épuisant les droits dont ils disposent (alerte, expertise, action en justice, etc.), les représentants de salariés se tournent naturellement vers les représentants de la République. Via les médias, notamment, ils interpellent maires, conseillers généraux, régionaux, députés, mais aussi préfectures, et direction du travail. Logique : les collectivités – régions, départements, villes –, qui ont hérité de compétences en matière d’aide aux entreprises et de participation au capital des sociétés, apparaissent comme des alliés objectifs dans la gestion des retombées économiques, financières et sociales des plans de sauvegarde de l’emploi. Les syndicats espèrent donc, légitimement, que leurs élus usent de leur influence pour faire pression sur leurs entreprises et relaient leurs interrogations au plus haut sommet de l’État.
De fait, en ces temps de cataclysme économique, pas une semaine ne passe à l’Assemblée nationale sans que les parlementaires interpellent le gouvernement sur des entreprises menacées de fermeture ou de licenciement, chez Caterpillar, Ford, Arcelor, Amora, etc. Plus proches du pouvoir, les élus politiques rappellent plus aisément ses responsabilités à l’État. Particulièrement lorsque ce dernier est actionnaire. Député des Hauts-de-Seine proche du parti communiste, Roland Muzeau n’a pas oublié son passé d’ajusteur et de militant syndical à la Snecma. Il relaie régulièrement les questions de ses anciens camarades laissées sans réponses. En octobre dernier, il a interpellé le ministère du Travail sur les droits des CE et des CCE dans le cadre d’une joint-venture créée par la Snecma en Chine. « La direction refuse de leur donner des informations sur la production et le chiffre d’affaires sous prétexte que la joint-venture est à l’étranger, témoigne-t-il. Or, il n’y a rien de pire pour dézinguer le dialogue social que des représentants de salariés méprisés. Les parlementaires ont l’occasion de solliciter les ministres, qui ont toute latitude de répondre, ou non. En l’occurrence, une réponse assez proche de celle de la direction. »
Malheureusement, la plupart du temps, les élus locaux attendent que la maison brûle pour jouer les pompiers. Se laissant bercer par les discours lénifiants des directions, ils restent sourds aux sirènes des organisations syndicales. À Niort, par exemple, depuis une dizaine d’années, les représentants de salariés de la Camif tentaient vainement d’alerter les élus locaux sur les choix hasardeux de leur direction. Mais l’entreprise issue de l’économie solidaire pouvait alors compter sur le soutien inconditionnel des élus de gauche.
Maintenant que les 945 employés de la Camif ont perdu leur travail, préfecture, ville, conseil régional s’activent pour sauver ce qui peut l’être encore en cherchant des repreneurs. Symboliquement, la mairie héberge gracieusement l’association d’anciens salariés, « l’Élan coopératif niortais », et, à la demande des élus, la chambre régionale de l’économie sociale a été mandatée pour faire émerger leurs projets de reprise sous forme de coopératives ouvrières. « Une douzaine de projets d’anciens employés sont à l’étude, confie Jean-Pierre Martin, président de la chambre régionale. L’ouverture d’un site de vente en ligne, notamment, pourrait créer une centaine d’emplois et voir le jour sous la forme d’une SCIC (Société coopérative d’intérêt collectif), un statut qui associe les collectivités publiques. » La mobilisation des élus et de la préfecture a, en outre, permis l’extension du contrat de transition professionnelle (CTP).
Au bout de deux ans, la mobilisation des 1 600 ouvriers de Ford, à Blanquefort, et des élus locaux – les socialistes Alain Rousset et Vincent Feltesse en tête, respectivement présidents du conseil régional et de la communauté urbaine de Bordeaux – a fini par payer. Repris par les Allemands HZ Holding et Johann Hay, ce poumon économique devrait continuer d’irriguer la région en poursuivant la fabrication des boîtes de vitesse pour les marchés chinois et russe et des pièces pour éoliennes. Un succès pour les ministres Luc Chatel et Christine Lagarde, qui avaient imposé un comité de suivi pour mieux trouver repreneur. Réunissant le ministre de l’Économie, le patron de Ford Europe et le président de la région, ce comité devrait poursuivre son activité encore trois ans, permettant un droit de regard des pouvoirs publics. « Reste que ce comité manque de transparence, regrette Julien Ruiz, à l’UD-CGT. Nous peinons à obtenir des informations concrètes sur le montage de la reprise. Chaque fois, les élus nous répondent qu’ils ne peuvent en dire trop, au risque de faire capoter le projet. »
Les élus se mobilisent aussi pour obteni un PSE et des mesures de reclassement plus avantageuses. À Dijon, par exemple, la moutarde est montée au nez des habitants depuis l’annonce par Unilever de fermer le site historique d’Amora et celui d’Appoigny, rayant du bassin 296 emplois. Depuis, le sénateur-maire François Rebsamen se démène pour « donner de la force aux salariés dans les négociations qui s’ouvrent ». Il a manifesté aux côtés des salariés, a organisé une exposition de soutien sur la moutarde, la mairie a envoyé ses vœux belliqueux à l’effigie d’Amora, souhaitant « une année 2009 forte en mobilisation pour la défense de notre patrimoine ». « Aujourd’hui, je ne connais pas la stratégie financière d’Unilever, regrette-t-il. Pour l’instant, je préfère faire pression sur le plan social, je ne veux pas aborder maintenant les projets de reprise. J’ai également prévenu Unilever qu’il ne ferait aucune opération immobilière avec le site historique, quitte à user du droit de préemption. » Mais, là encore, ce proche de Ségolène Royal n’avait pas cru bon de faire monter la mayonnaise lorsque le Pdg d’Amora-Maille avait évoqué, dès octobre 2007, une restructuration des sites.
Initiative plus originale dans la Somme, en 2004, où les 200 salariés de Flodor, à Péronne, ont été victimes d’un « patron voyou » qui démontait leur usine dans leur dos. Le conseil régional de Picardie a soutenu leur bataille en leur proposant les services de l’avocat Fiodor Milov. « En démontrant les liens avec Unichips, nous avons prouvé que le PSE proposé ne correspondait pas aux moyens du groupe et nous avons décroché de biens meilleures indemnités de licenciement, se souvient le bouillonnant député Maxime Gremetz, alors vice-président du conseil régional. Ces décisions, qui font jurisprudence, ont un effet dissuasif. Le message envoyé aux patrons est de dire que la fermeture va leur coûter cher parce qu’on ne va pas les lâcher. »
Mais le soutien des élus a ses limites. Les salariés sont souvent otages des pratiques politiciennes. Jean-Pierre Cordier, délégué syndical central Force ouvrière chez Amora, garde un souvenir amer de sa visite à Bercy. « Un conseiller technique nous a froidement expliqué que l’État n’avait rien pu faire pour Arcelor à Gandrange, et qu’il ne pourrait rien pour nous. Il nous a avertis que nous allions prendre en pleine figure les appuis politiques dont on bénéficiait. Il nous a appris que la fermeture d’Amora couvait depuis deux ans et qu’on avait deux solutions : foutre le feu ou négocier. » Le mépris est un art ! Et le port d’œillères, une habitude : alors que des voix s’élèvent pour conditionner les aides publiques et les allègements de charges à des comportements vertueux, les élus, de leur côté, n’actionnent pas du tout ce moyen de pression. La Cour des comptes (1) soulignait, en 2007, que les aides accordées aux entreprises sont opaques, incohérentes et de faible portée économique. Leur évaluation et leur suivi s’avèrent insuffisants. Si cet aveuglement perdure, la consultation du CE sur les aides publiques versées aux entreprises, annoncée par Nicolas Sarkozy lors du sommet social, risque fort de rester sans effets.
(1) Rapport de novembre 2007, « Les aides des collectivités territoriales au développement économique ».
CEC Magazine, avril 2009
http://www.wk-ce.fr/actualites/detail/10610/les-elus-parlent-aux-elus-locaux.html