Actualité d'Amora-Maille depuis l'annonce du 20 novembre 2008.
«J’ai passé vingt-cinq ans chez Amora. Au moins.» Marie-Clotilde Prouvez se perdrait presque dans les dates tellement sa vie s’est longtemps confondue avec celle de la marque aux couleurs jaune et rouge. « J’ai toujours travaillé sur le site de Dijon, mais j’étais très polyvalente. J’ai notamment travaillé à la répartition des étiquettes sur les lignes ou au contrôle des palettes. »
En novembre 2009, l’annonce de la fermeture du site dijonnais laisse nombre de ses collègues sans voix. Pas elle. « On en parlait depuis des années, à mesure qu’on voyait du personnel quitter l’entreprise et des produits partir à l’étranger. Pour moi, c’était tout sauf une surprise.» La direction lui propose alors un poste de cariste, à Metz ou à Chevigny. Elle repousse les deux possibilités, persuadée que son avenir n’est plus dans “la boîte”.
« Je ne voulais plus subir le rythme de l’usine, j’avais surtout envie de travailler pour moi, mais je ne savais pas dans quel domaine. » Ses discussions avec le cabinet Right Management l’aident à franchir le cap et choisir sa nouvelle activité : aide à domicile, sous le statut de micro-entreprise. Elle quitte Amora en mai 2009 et attaque son nouveau job dès juillet. Depuis, elle n’arrête pas. «J’ai démarré avec des habitants du quartier, mais aujourd’hui je vais jusqu’à Daix. »
Même la destruction actuelle des anciens locaux d’Amora n’effleure pas sa bonne humeur : « Quand on a passé plus de vingt ans dans la même entreprise, ça ne peut pas laisser insensible. Mais moi, ça ne me touche pas plus que ça. »
À 49 ans, elle s’épanouit dans sa nouvelle vie. « J’ai vraiment la sensation de servir à quelque chose, d’être utile à des gens qui en ont vraiment besoin. Aujourd’hui, je ne travaille plus pour un patron qui a tellement de billets qu’il ne sait plus quoi en faire. »
FRÉDÉRIC JOLY f.joly@lebienpublic.fr