Actualité d'Amora-Maille depuis l'annonce du 20 novembre 2008.
L'annonce a été faite hier : Unilever ferme les usines Amora-Maille de Dijon et d'Appoigny, dans l'Yonne. Il transfère également son activité logistique à FM Logistic, sur Fauverney.
ANNIE Jafflin est retraitée. Elle a travaillé 36 ans chez Amora (lire également ci-contre). « Je me souviens, dit-elle, que lorsque le site de production de Chevigny-Saint-Sauveur a été créé, la marque avait souhaité conserver une activité fabrication dans l'usine du quai Nicolas-Rolin, ne serait-ce que pour le symbole… »
Ce symbole vient de voler en éclat. Hier, en milieu de journée, les salariés d'Amora-Maille qui observaient un mouvement de grève ont appris que cette usine, installée au bord du canal de Bourgogne, en plein Dijon, depuis 1911, va disparaître. Un choc d'autant plus rude que le site dijonnais n'est pas le seul concerné par la décision du groupe Unilever, propriétaire des deux marques.
L'usine de conditionnement de cornichons d'Appoigny, dans l'Yonne, va également baisser le rideau et l'activité logistique d'Amora-Maille, à Chevigny-Saint-Sauveur, est, quant à elle, transférée. C'est la toute nouvelle plate-forme sous enseigne FM Logistic, à Fauverney, qui va en hériter. Seul le site de production de moutarde et vinaigrette de Chevigny-Saint-Sauveur est épargné par des décisions qui, globalement, concernent 318 personnes (1).
Même si, comme l'affirme la direction d'Amora-Maille dans un communiqué, les 265 suppressions de postes qui vont découler de ce choix « seraient compensées, autant que possible, par des reclassements et des créations d'emplois en Bourgogne et au sein du groupe », le dépit était grand, hier, par mi les salariés.
« Nous sommes KO »
« Nous sommes KO, reconnaissait Jean-Pierre Cordier, secrétaire du syndicat Force Ouvrière (FO) et porte-parole de l'intersyndicale FO-CFDT-CGT, à l'origine de l'organisation du Comité central d'entreprise (CCE) d'hier à Dijon. Nous nous attendions à une mauvaise nouvelle, mais pas de cette ampleur ».
Ce vent mauvais, les représentants syndicaux de l'entreprise l'avaient senti se lever il y a déjà plusieurs mois. « C'est la raison pour laquelle nous avions demandé l'organisation de ce CCE, poursuit Jean-Pierre Cordier. Nous avions, depuis longtemps de gros doutes sur l'emploi et la direction générale ne communiquait pas sur ces points ».
« C'est juste, précisait pour sa part hier Hervé Laureau, président d'Amora-Maille, mais la raison de cette absence de communication tenait au fait que le dossier du projet de réorganisation de la production n'était pas bouclé ».
« Réorganisation », c'est en effet sous ce vocable que les dirigeants d'Amora-Maille présentent ce qui a été annoncé. La direction met l'accent sur le fait que la fermeture des sites de Dijon et d'Appoigny ainsi que le transfert du centre logistique de Chevigny répondent avant tout à un souci de rationalisation économique.
Politique du pire et du meilleur
Amora-Maille investirait 10 millions € sur le site de production de Chevigny-Saint-Sauveur, avec l'ambition d'en faire « le site de référence en Europe pour la fabrication de mayonnaises, moutardes, vinaigres et cornichons ».
Cette politique de constitution de pôles, visant à réorganiser l'ensemble de la branche alimentaire du groupe anglo-néerlandais Unilever, propriétaire d'Amora-Maille, propose en l'occurrence un nouveau modèle industriel prometteur, mais porte aussi en elle les aspects les plus criticables des logiques économiques actuelles. C'est ce que souligne Jean-Pierre Cordelier : « en agissant de la sorte, si l'on fait de Chevigny le pôle moutarde pour toute l'Europe, on vide aussi de leur substance d'autres productions locales. Le site de Dijon en est directement victime : il y a quatre ans, la direction moutarde a migré à Chevigny, il y a trois ans, c'est la production de vinaigrette qui est partie en République Tchèque. La production de moutardes spécifiques a déménagé cette année à Chevigny. C'est simple : en 2000, l'usine de Dijon a eu une production de 78 000 tonnes. En 2008, celle-ci est tombée à 44 000 tonnes ».
Dans le même temps, le projet industriel d'Amora-Maille prévoit de faire passer la production de Chevigny de moins de 50 000 tonnes aujourd'hui à plus de 80 000 dans un avenir très proche.
Reste que cette évolution va aussi avoir un coût humain. 244 suppressions de postes sont prévues pour le secteur industriel et 21 pour le domaine de la recherche et du développement (R&D). Rappelons que pour ce dernier domaine, un centre avait été inauguré il y a moins de quatre ans sur le quai Nicolas-Rolin.
A ces suppressions de postes s'ajoutent le transfert de l'activité logistique de Chevigny à un prestataire, FM Logistic à Fauverney. Selon Hervé Laureau, « sur les 57 personnes du site, 22 vont rester chez Amora-Maille pour travailler avec notre prestataire mais les 35 autres vont être licenciées. Dans l'accord qui nous lie avec FM Logistic, j'ai demandé à ce que 150 postes parmi ceux que l'entreprise va créer sur sa plateforme logistique, soient réservés à des personnes d'Amora-Maille… »
A ce jour, aucune date précise n'a été donnée quant à la fermeture des sites concernés. Ce qui est certain, c'est que le plan social prévu doit avoir pris fin au 31 décembre 2009. Pour l'heure, les négociations concernant ce plan vont devoir s'ouvrir. Dès hier soir, la préfecture de Côte-d'Or précisait que le préfet, Christian de Lavernée avait demandé « une mobilisation exceptionnelle du service public de l'emploi pour accompagner cette restructuration et apporter l'aide la plus efficace aux salariés concernés. Il réclame également qu'une réunion soit organisée rapidement entre les services de l'Etat et l'entreprise pour faire le point sur les mesures d'accompagnement, de reclassement et de revitalisation. La possibilité d'une intervention du Fonds national pour l'emploi (FNE) est envisagée. il pourrait s'agir d'une convention prévoyant une aide temporaire dégressive pour les salariés qui trouveraient un nouvel emploi moins bien rémunéré ».
Par ailleurs, François Rebsamen, sénateur-maire de Dijon et François Patriat, sénateur et président du conseil régional indiquaient qu'ils allaient « intervenir auprès de la direction nationale du groupe afin que celle-ci revoie ses plans de restructuration et conforte les sites et l'activité d'Amora en Côte-d'Or et dans toute la Bourgogne (...) En cette période de crise, il faut que tous -élus, forces vives, acteurs économiques- nous nous mobilisions dans cette bataille pour l'emploi aux côtés des salariés. Sauver les banques pouvait paraître nécessaire, mais, là, il s'agit véritablement de sauver l'économie réelle et l'emploi ! »
En 2007, Amora-Maille a réalisé un chiffre d'affaires de 207 M € pour un résultat net de 25,2 M€.
Berty ROBERT
(1) 184 à l'usine de Dijon, 77 à celle d'Appoigny et 57 au centre de logistique.
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