Entre 12 000 et 15 000 personnes ont défilé, hier, à Dijon.
Ils étaient plus de 12 000, hier après-midi, à manifester dans les rues de Dijon. Une mobilisation importante sur fond de ras-le-bol et de crise économique. BEAUCOUP de monde, des revendications multiples, une ambiance bon enfant. La manifestation d'hier a rassemblé un large public dans les rues de Dijon.
Ils étaient 12 000 selon la police et plus de 15 000 selon les organisations syndicales. « Sarkozy a dit que quand on faisait grève ça ne se voyait plus, on est en train de prouver le contraire », lance un manifestant, visiblement soulagé de l'importance de la mobilisation.
A partir de 14 heures, la place de la Libération a connu une effervescence grandissante au fur et à mesure de l'arrivée des manifestants. Prévu à 14 h 30, le départ a été donné à 15 heures après le discours d'usage.
Marqués aux couleurs de leurs syndicats, affublés d'autocollants et brandissant force pancartes, les manifestants ont fait preuve de créativité pour concevoir leurs slogans.
« Licencions Sarko »
De « licencions Sarko » à « la crise a bon dos, vive le Roi », en passant par les « salariés jettables » d'Amora ou « Ce n'est pas le peuple qui doit avoir peur du gouvernement mais le gouvernement qui doit avoir peur du peuple », chaque groupe de manifestants avait choisi sa petite phrase.
Opposées à la révision générale des politiques publiques, 4 personnes portaient un cercueil où figuraient notamment les mots « justice », « travail social », « protection enfance », ou « santé ».
Côté musical figuraient des titres comme « Un autre monde » de Téléphone, « Antisocial » de Trust, « Du courage » de la Grande Sophie et l'inévitable « Motivés » de Zebda.
Sébastien, 32 ans, jardinier à la ville de Dijon, gagne 1 100 € nets par mois. Critiquant de manière générale les salaires et les non-remplacements des départs en retraite, il veut que « le gouvernement prenne davantage en compte les attentes de la population ».
« Tuer les actionnaires ? »
Daniel, 70 ans, est retraité à Dijon. Il est là « pour soutenir les Français ». Dénonçant « la destruction du service public et des écoles », il s'interroge à sa manière : « Au vu des profits qu'ils se mettent dans les poches, ne faudrait-il pas tuer les actionnaires ? »
Marie-Noëlle, travailleuse sociale, estime que « les personnes exclues sont de plus en plus nombreuses », ajoutant : « Nous ne supportons plus de servir de cache-sexe à la misère ».
A proximité d'
un mannequin en forme de pot de moutarde pendu à un gibet de fortune, un salarié d'Amora explique qu'il est « écœuré de la façon dont Unilever manipule ses salariés dijonnais, uniquement pour gagner de l'argent ». Son voisin ajoute : « ça va se payer un jour ! » « Ce n'est pas une surprise »
A 16 h 20, la fin du défilé a quitté la place de la Libération, alors que la tête du cortège, passant notamment par le boulevard de la Trémouille et la rue de la Préfecture, atteignait la place Notre-Dame.
Catherine, retraitée, figure dans le cortège « par solidarité », tandis qu'Alain est là « contre toute les réformes en cours, qui m'usent la santé et le moral ». Hervé, enfin, souligne l'importance de « l'effet de masse » pour faire fléchir le gouvernement.
Joël Jallet, responsable de l'intersyndicale, indique : « Cette forte mobilisation n'est pas une surprise, le ras-le-bol a atteint son paroxysme, le sentiment d'injustice prédomine. Ils veulent un plan de relance centré sur la priorité à l'emploi et le pouvoir d'achat ».
A 17 h 15, la dispersion commence. Seule une poignée de manifestants anarchistes, quelque peu éméchés, tentent de bloquer la circulation au niveau de la place du théâtre. Repoussés par les policiers, ils « lèvent le camp » à 18 h 30.
Le mot de la fin est pour Patrice : « Maintenant, on est dans l'attente. On espère que le gouvernement va tenir compte de cet avertissement, sinon la pression sera encore plus forte la prochaine fois…
Nicolas ROUILLARD,Le Bien Public,vendredi 30 janvier 2009.