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Actualité d'Amora-Maille depuis l'annonce du 20 novembre 2008.

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Amère bataille chez Amora

Par Valérie Lion, publié le 04/02/2009 14:09.

L'annonce, en novembre dernier, de la fermeture de l'usine historique, à Dijon, a provoqué un énorme choc. Depuis, le conflit a débordé le terrain social. Coulisses d'un combat devenu également médiatique et politique.

Les fils pendent du plafond, des bouts de planche jonchent le sol, une paire de baskets traîne au pied d'un vestiaire, les portes des armoires électriques battent dans le vide. La poussière a recouvert les cuves de stockage. Il y a encore quatre ans, cet atelier vibrait au son des meuleuses et des tamiseuses qui fabriquaient la moutarde. Aujourd'hui, on n'entend plus que le souffle des bouches de ventilation. Deux étages au-dessus de l'accueil du site historique d'Amora-Maille, le long du canal, à Dijon, les locaux ont été désertés, les machines enlevées et remontées sur le site voisin de Chevigny-Saint-Sauveur, mais rien n'a été nettoyé. Pourtant, à quelques dizaines de mètres, 150 ouvriers travaillent en trois-huit pour produire de la mayonnaise, des sauces et du ketchup sur des lignes ultramodernes. Et tout au bout de l'usine se dresse un bâtiment flambant neuf, siège depuis 2005 du centre d'innovation européen d'Unilever (propriétaire d'Amora-Maille), consacré aux dressings. Une opération à 8 millions d'euros qui, croyait-on, garantissait l'ancrage de la multinationale néerlandaise dans la capitale bourguignonne.

Le 20 novembre 2008, le choc a été d'autant plus grand : au cours d'un comité d'entreprise extraordinaire, provoqué par les représentants du personnel, inquiets de voir une part croissante de la production dijonnaise transférée vers d'autres usines européennes du groupe (entre 2002 et 2008, elle est tombée de 91 000 à 55 000 tonnes par an), la direction d'Amora-Maille a révélé un plan de réorganisation massif. Fermeture des sites de Dijon et d'Appoigny, externalisation de la logistique et délocalisation d'une partie de la production en Espagne et en République tchèque. Seuls la mayonnaise de Dijon et les cornichons s'en vont rejoindre la moutarde et le vinaigre dans l'usine de Chevigny-Saint-Sauveur. Quant au centre d'innovation, il va fermer, puisque la recherche-développement est désormais centralisée aux Pays-Bas. Au total, 265 postes sont supprimés, dont 205 à Dijon. Tout doit être bouclé fin 2009. Les discussions sur le plan de sauvegarde de l'emploi ont démarré le 6 janvier; sous l'oeil des ducs de Bourgogne, dans le salon cossu décoré de toiles de maître de l'un des plus grands restaurants dijonnais, les ?nophiles. Au grand dam des syndicats. Prudent, Unilever n'a pas pour habitude de mener ses négociations au coeur des sites de production. Le président d'Amora-Maille lui-même, Hervé Laureau, préfère recevoir au bar d'un hôtel plutôt que dans un bureau de l'usine...


La direction a été débordée

Au grand Monopoly de la compétitivité Dijon a donc perdu la bataille des coûts. Mais elle n'a pas perdu la guerre. C'est en tout cas la conviction de son sénateur-maire, François Rebsamen. Profitant de l'émotion suscitée par l'annonce d'Unilever - le jour même, le préfet s'est fendu d'un communiqué de presse insistant sur la vigilance de l'Etat dans cette affaire - ce proche de Ségolène Royal, ex-n° 2 du PS - a pris la tête du combat. Dès le 21 novembre, « Rebs » recevait les syndicats. Le 26, il était à Paris avec une délégation de parlementaires locaux et l'intersyndicale pour rencontrer le PDG d'Unilever France. Le 6 décembre, il manifestait aux côtés de 3 000 personnes. Le 15, il inaugurait à l'hôtel de ville une exposition consacrée à la moutarde. Le même jour, son conseil municipal votait à l'unanimité un message de voeux aux accents indignés. Sans oublier le lancement d'une pétition de soutien aux salariés d'Amora-Maille. Jusqu'à sa carte de voeux, diversement appréciée des patrons du cru, représentant un pot de la célèbre marque, surmonté de cette interrogation : commerce équitable ?

Reconnaissants, les syndicats ne sont pas dupes. L'engagement des politiques - les présidents des conseils régional (PS) et général (Nouveau Centre) ont emboîté le pas au maire de Dijon - a certes pesé sur la direction de l'entreprise. Débordée par la réaction locale, celle-ci a ouvert un site Web vantant son plan. Le patron d'Amora-Maille a adressé une lettre de deux pages à tous les décideurs locaux pour expliquer la stratégie du groupe. Un entretien dans le quotidien Le Bien public lui a donné l'occasion de plaider sa cause. Mais, reçus à Bercy, le 7 janvier, par le directeur adjoint du cabinet de Luc Chatel, les syndicats sont repartis bredouilles. Qui peut croire qu'Unilever renoncera à son plan ? La multinationale, qui avait misé sur l'acquisition de local jewels (fromage Boursin et moutarde Amora en France), veut désormais préserver ses marges face à la baisse des volumes perdus à cause de la concurrence des marques de distributeurs.

L'usine tourne à 10 %

Chacun fourbit ses armes. La direction annonce avoir d'ores et déjà identifié 250 solutions de reclassement ? Les syndicats attendent qu'on leur prouve la nécessité du licenciement économique et, à toutes fins utiles, se sont adjoint les services d'un avocat, en plus de leur expert-comptable. La grève ? Avec modération. Le dernier conflit dur remonte à 1995 : sept jours d'arrêt de travail pour les salaires. Depuis le 20 novembre, les Amora ont seulement deux journées de grève au compteur. Mais, étrangement, l'usine de Dijon, qui fonctionnait selon la direction à moins de la moitié de sa capacité, tourne désormais à peine à 10 %. Un temps, certains ont espéré un rachat de la société par un industriel local. Une solution écartée par Unilever. Le groupe imposerait de toute façon une clause de non-concurrence à un éventuel repreneur du site dijonnais.

Du côté de l'hôtel de ville, l'offensive se poursuit : François Rebsamen a réclamé une rencontre avec le PDG Europe d'Unilever. Ses équipes planchent sur l'hypothèse d'une action en justice. Pour sa part, François Patriat, patron du conseil régional, qui voit s'accumuler les plans sociaux (Fulmen, Barry Callebaut...), martèle son exigence : « Zéro chômeur et, sinon, une indemnisation conséquente. » François Sauvadet, président du conseil général, appelle à la rescousse les ministres Valérie Pécresse et Luc Chatel afin que le centre recherche-développement reste en Bourgogne, « seule garantie pour que la relocalisation à Chevigny-Saint-Sauveur ne soit pas le prélude à un futur désengagement ».

 


Quelle pérennité ?

Si personne ne doute de l'issue du combat - la fermeture de l'usine historique Amora de Dijon - chacun a en tête l'étape suivante. Sur le plan humain, le devenir des dizaines de salariés privés de leur emploi, contraints, au mieux, d'accepter un job moins qualifié et moins bien payé (Amora-Maille offrait jusqu'à seize mois de salaire par an grâce à l'intéressement, à la participation et à la prime de vacances). Sur le plan économique, la pérennité du site de Chevigny-Saint-Sauveur, sur lequel seront regroupées les activités restant en France. « En 2000, quand Unilever a racheté Amora-Maille, nous avons rencontré les salariés d'Astra, dont l'usine d'Asnières était en cours de fermeture, raconte Jean-Pierre Cordier, délégué central syndical FO. Ils nous ont donné huit ans avant de disparaître, ils ne se sont pas trompés ! » En 2002, Amora-Maille avait été transformée en une simple société industrielle, sans maîtrise de son marketing ni de ses ventes. Seule vertu du choc provoqué par Unilever, la mobilisation des politiques et des producteurs locaux pour la création d'une marque collective « moutarde de Dijon », attachée au territoire. « Si Unilever veut continuer à en produire, il devra bien rester ici », lance comme un défi un salarié. Maigre consolation.

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