Le comité central d'entreprise (CCE) Amora-Maille était réuni hier, pour examiner le rapport de l'expert qui a analysé le projet de la direction qui prévoit 244 licenciements sur le site de Dijon. Cette deuxième réunion avait lieu au titre du livre III et comportait un volet économique et un volet social. Il ressort de l'analyse de cet expert que ces licenciements ont été décidés pour dégager une nouvelle marge permettant de faire face aux principaux concurrents qui sont les marques distributeurs. Cette stratégie a été analysée brutalement par les représentants du personnel : « Ils vont nous licencier pour pouvoir faire de la publicité. Cette étude montre qu'il n'y a pas de justification économique à ce plan qui prévoit 296 licenciements », expliquait Jean-Pierre Cordier (représentant FO au CCE) qui retenait des récents propos du patron d'Unilever que le groupe voulait inciter ses marques en Europe, à faire de la publicité sur leurs fonds propres. Une mesure qui n'est pas surprenante, quand on sait que depuis l'abandon de son effort publicitaire, Amora-Maille a vu une érosion de ses parts de marché. Licencier pour faire de la publicité ? Les salariés refusent ce raisonnement et s'apprêtent à mener de front les négociations sur le plan social et une action devant la juridiction compétente pour « destruction d'outil social ». « C'est ma responsabilité » L'analyse que nous a livrée le président Hervé Laureau est sensiblement différente, même s'il reconnaît que la marque ne pourra pas faire l'économie d'un gros effort de publicité. « Mes partenaires sociaux me reprochaient il y a peu, de ne pas assez investir dans la publicité, il faudrait être cohérent ». Pour lui, ce plan devrait permettre d'avoir une vraie stratégie de développement centrée sur l'usine de Chevigny-Saint-Sauveur. Ses premiers concurrents étant les marques distributeurs, il lui faut donc se battre sur les coûts de production, baisser les prix et faire de la publicité. Sans cette triple exigence, il ne serait pas possible d'arrêter cette décroissance qui n'en finit pas, année après année. « Je dois faire face. C'est ma responsabilité. La concurrence des marques de distributeurs augmente alors même que les ventes d'Amora-Maille ont baissé de 20 % en cinq ans. Ne pas agir aujourd'hui serait irresponsable quand la production de l'usine de Dijon-centre a baissé de 42 % depuis 2002. C'est vrai que l'impact social est important, mais je me dois de transformer Amora pour qu'il soit compétitif. Je me dois aussi de tout faire pour identifier toutes les solutions et accompagner tous les salariés. Il est faux de prétendre que ce plan prévoit 296 licenciements, car 52 postes sont créés à Chevigny et je ne peux pas imaginer qu'ils ne seront pas pris en compte par les salariés dijonnais ». Cette restructuration aura un coût social, on le voit bien et économique aussi. Dans ces conditions, est-ce un bon calcul ? Pour les salariés, il s'agit d'un calcul à court terme. Pour Hervé Laureau ce coût « n'impactera pas directement la marge des produits Amora ni sa capacité à faire de la publicité et à se battre sur les prix ». Contexte international Amora est l'une des marques du géant Unilever, jouissant d'une belle notoriété en France. Comment se comporte actuellement le groupe Unilever sur le marché international ? On peut noter que l'an dernier, le bénéfice net du groupe anglo-néerlandais a progressé de 28 % à 5,3 milliards d'euros. Unilever est le numéro quatre mondial du secteur après Nestlé, PepsiCo et Kraft Foods. Pourtant « Malgré sa cure d'amaigrissement et d'importantes restructurations, le conglomérat peine à délivrer de bons résultats avec régularité » notait dernièrement Le Journal des finances. C'est dans ce contexte que Paul Polman, venu du concurrent suisse, Nestlé a repris en octobre la direction générale du groupe, après avoir été à la direction financière chez Nestlé. Il y a quelques jours, ce même Paul Polman se refusait « dans le climat d'incertitudes actuelles » à fournir des perspectives spécifiques pour 2009 ou même à réaffirmer ses objectifs 2010. Une réflexion qui n'est pas faite pour rassurer les salariés d'Amora Maille par voie de conséquence.
Franck BASSOLEIL,Le Bien Public,le 17-02-2009