Le Comité central d'entreprise d'hier, qui s'inscrivait dans une semaine de grève sur les sites Amora, a débouché sur un surcroît de tension. Même si, à y regarder de plus près, les lignes bougent...
Un site de production et un centre de stockage bouclés par les grévistes. La situation concernant Amora telle qu'elle se présentait hier après-midi avait tout de l'escalade ne présageant rien de bon pour l'avenir.
Pourtant, à y regarder de plus près, la situation est moins simple que le coup de colère de l'intersyndicale qui était en négociation avec la direction ne pourrait le laisser penser.
Certes, la fin du Comité central d'entreprise (CCE) tenu hier à Dijon a été marquée par un climat tendu, les représentants du personnel ne cachant pas leur irritation face à l'absence d'avancée sur la question des indemnités de préjudice. Aux 400 000 € réclamés la semaine dernière, la direction d'Amora oppose des montants allant de 12 500 à 45 000 € pour des anciennetés échelonnées entre moins de 15 ans et plus de 35 ans.
Plus rien n'entre ni ne sort
La grève observée sur les sites de Dijon et Chevigny-Saint-Sauveur depuis lundi est liée à cette question. Devant un tel constat de différence de vue, l'intersyndicale d'Amora a donc décidé de poursuivre le blocage du site de production de Chevigny : « D'ici lundi prochain, expliquait Sylvain Pépin, délégué CFDT, date de la prochaine réunion avec la direction, aucun camion n'entrera ni ne sortira de l'usine (en temps normal, chaque jour, c'est plus d'une dizaine de poids-lourds qui arrivent ici pour alimenter l'usine en matières premières, NDLR). En revanche, nous laisserons entrer les salariés non-grévistes car nous ne voulons pas les pénaliser. Ils travailleront, tant qu'il y aura la possibilité d'assurer une production. »
Par ailleurs, les salariés grévistes ont également décidé un blocage du centre de logistique où se trouveraient accumulées 32 000 palettes. Un véritable trésor de guerre, même si, comme le reconnaissait hier Hervé Laureau, P-dg d'Amora, « Nous avions anticipé ce genre d'action en stockant sur d'autres sites ».
Au-delà de ces derniers développements, il semble que la question des 400 000 € soit aussi sujette à débat au sein même de l'intersyndicale : « On a le sentiment, expliquait hier Mamadou N'Guingue, délégué CGT basé à Chevigny, que la direction instrumentalise cette somme de 400 000 € pour éviter de répondre sur d'autres points. Nous ne voulons pas que la question se résume à cet aspect et nous avons d'autres propositions à faire. »
Ce dernier soulignait néanmoins « l'insuffisance » des contre-propositions de la direction, « surtout, ajoutait-il, lorsqu'on les compare au salaire du nouveau président d'Unilever, Paul Polman, qui, comme l'a montré un compte rendu de CCE tenu à Rotterdam, aux Pays-Bas, le 11 mars, vient de toucher un salaire de 1,7 million d'€ pour trois mois d'apprentissage… »
« J'attends des propositions »
Y a-t-il aujourd'hui un risque potentiel d'une fissure dans le front syndical ? Il est trop tôt pour le dire mais la direction d'Amora, par la voix d'Hervé Laureau, rappelait qu'il attendait toujours « de nouvelles propositions sur cette question de l'indemnité, de la part des partenaires sociaux qui, par ailleurs, ont répondu positivement sur les questions liées au Plan de sauvegarde de l'emploi (PSE), sur l'accompagnement des conjoints qui devraient retrouver un travail, sur une prime spécifique au cas où une distance supérieure à 25 km serait nécessaire pour se rendre à son travail, du fait de la restructuration… »
Hervé Laureau précisait pour conclure qu'il a également décidé de repousser la date butoir de signature du protocole, permettant le retour à Chevigny de la désormais fameuse vinaigrette tchèque, du 23 au 25 mars.
Berty ROBERT,Le Bien Public,jeudi 19 mars 2009